Hymne aux entrepreneurs

En remplissant récemment un formulaire administratif, j’ai inscrit entrepreneur dans la case métier. Ce même jour, j’ai commencé à me poser la question, qu’est-ce qui fait d’un entrepreneur, un entrepreneur ?! Y’a-t-il une différence fondamentale avec Mr tout le monde ?

A première vue, nous sommes pareils et partageons la même constitution physique, bien qu’un entrepreneur ait peut-être une tendance à se raser moins souvent, parce qu’il n’a pas le temps. Lorsqu’on creuse un peu plus, le fossé s’agrandit : pas les mêmes sujets de conversation et bien souvent pas la même conception du monde.

Laissez moi m’expliquer :

Habituellement tout être humain est programmé pour une chose fondamentale : le calcul du risque. Dois-je rouler plus vite pour ne pas arriver en retard et prendre le risque d’avoir un accident ? Dois-je dire ce que je pense à mon employeur au risque de me faire virer ? Dois-je me marier maintenant avec cette personne au risque de trouver quelqu’un de mieux plus tard ? Ou encore dois-je aller aux toilettes maintenant et peut-être rater le début du film. Ces analyses et mesures du risque sont constantes chez la plupart des gens, et cet algorithme de calcul régit leur vie.

Une personne normale n’aime pas le risque, et cela la conduit naturellement à vouloir être récompensée en fonction du degré de risque pris.  Dans le monde professionnel, plus le risque est grand, plus le montant sure la fiche de salaire sera grand.  Travaillant à l’étranger, j’ai régulièrement l’occasion de rencontrer des gens  travaillant pour des agences gouvernementales, et doublant voire triplant leur salaire grâce à des primes de risque. (Tout le monde sait à quel point l’Inde est dangereuseJ).

Les entrepreneurs  eux, appartiennent à une espèce un peu à part. Une espèce un peu dégénérée qui non seulement n’a pas peur du risque, mais qui en plus pense que la prise de risque est utile et totalement naturelle. Ils ne cherchent donc aucune rémunération ni récompense pour en prendre, et bien souvent même, ils payent de leur poche, du moins pour un temps.

Si vous connaissez de tels spécimens, la plupart vous diront qu’ils prennent  un risque pour maximiser le retour sur investissement plus tard. En d’autres termes, devenir riche. Laissez-moi vous dire : ils se mentent. Il suffit de regarder  ceux qui réussissent. Au départ, ils disent : « je mets tout ce que j’ai, et si ça marche je me retire au soleil sur une île et change de vie ». Puis, on les retrouve après leur premier succès à avoir tout remisé dans d’autres startup, et continuer à travailler nuit et jour. Tout cela me fait penser qu’un entrepreneur cherche bien plus que de l’argent. Il cherche de l’aventure, et un moyen de se sentir en vie.

Pour toutes ces raisons, les entrepreneurs m’ont souvent fait penser à une bande de pirates, et c’est d’ailleurs ce que pense aussi « Michael Arrington » dans son post sur Techcrunch. Pourquoi des pirates ? Parce que l’analogie marche bien. Au 17ème siècle, pourquoi est-ce que quelqu’un choisirait le job de pirate dans lequel le salaire serait ridicule, les possibilités de faire fortune très minces, et par comparaison les possibilités de couler, d’être tué par pendaison ou par balle très hautes ?  Et tout ça pour une qualité de vie douteuse : vivre à cent sur un bateau rempli de mecs, c’est nul et ça pue, même pour le capitaine. Alors que poussent ces pirates à se lancer, à monter sur le bateau, tout en sachant pertinemment qu’ils voient la terre ferme peut-être pour la dernière fois, et que la fin sera certainement douloureuse ? La réponse est la même que pour l’entrepreneur qui quitte une vie et un emploi stable, pour mettre tout ce qu’il a sur une idée : c’est le goût de l’aventure, de l’adrénaline, enrobé d’un peu de rêve et d’inconscience. C’est avoir besoin de se sentir en vie, et que chaque jour ait son lot d’émotions fortes.

Soyons clair, être entrepreneur, ce n’est pas un métier. C’est une manière d’être et de vivre, un état d’esprit. C’est accepter de jouer à la roulette russe sans savoir combien de balles il y a dans le barillet. C’est tout investir sans compter, s’accrocher à ses idées, coûte que coûte,  faisant fi des avis de ses proches, de ses amis, de sa famille, du regard de la société.

Dans ma vie d’entrepreneur, il m’est arrivé d’être critiqué, remis en doute par toutes sortes de gens : des anciens employés, des inconnus qui pensent tout savoir, des amis pensant bien faire dans des moments difficiles, et autres pseudo-entrepreneurs qui n’ont encore rien entrepris. Puisque j’en ai l’opportunité ici, j’aimerais remettre certaines choses à leur place :

Si tu n’as pas déjà créé quelque chose de toi-même, si tu n’as pas déjà mis tout ce que tu avais sur la table : ton job stable, ton argent, ta vie sociale, ta famille et peut-être même ton mariage, parce que tu croyais en ton idée, si tu n’as pas déjà passé tes jours et tes nuits au bureau dans les moments difficiles pour ne pas couler  et éviter ce qui sur papier paraît pourtant inévitable, si tu n’as pas déjà regardé quelqu’un dans les yeux pour le convaincre de quitter son job stable et te rejoindre sans savoir pendant combien de temps tu pourras le payer…. alors vas voir ailleurs si j’y suis. Peu importe qui tu es, que tu sois millionnaire ou pas, directeur de société ou fonctionnaire,  tu ne fais simplement pas parti du club et tu n’as aucun conseil à me donner. Si tu veux me donner des conseils, d’abord remonte tes manches, prépare toi à suer et entre dans le ring.

Roosevelt avait la même idée sur la question, et cette citation reprise des centaines de fois dans divers blogs en a inspiré plus d’un :

« Ce n’est pas le critique qui compte, ni celui qui montre comment l’homme fort trébuche ou le point sur lequel celui qui agit aurait pu faire mieux. Le crédit revient à l’homme qui est véritablement dans l’arène, dont le visage est couvert de poussière, de sueur et de sang. Celui qui accomplit de vaillants efforts, qui commet des erreurs, qui échoue à maintes reprises, celui qui connaît le grand enthousiasme, le grand dévouement, qui se consacre à une digne cause, qui, dans le meilleur des cas, finit par connaître le triomphe de l’exploit. Et si, dans le pire des cas, il échoue, au moins il aura échoué en faisant preuve d’une superbe audace. »

Nous sommes des pirates, et ça ne peut pas plaire a tout le monde.

Quand on y pense, il fallait être fou pour monter sur ce bateau. Et là au milieu de la mer, face à l’ennemi on se dit : faillir maintenant, c’est tout perdre et couler lamentablement. Les gens diront : « on lui avait dit, c’était sûr que ça allait arriver. Fallait vraiment être fou  pour faire ça. » Mais maintenant qu’on y est, pas le choix il faut y aller, et notre force et notre détermination feront le reste. L’objectif est plus près à chaque seconde, et puis si on coule, c’est pas grave on s’accrochera à un débris et on recommencera dés qu’on touchera terre. Parce que après avoir été grisé par le goût du Rhum en pleine mer, on ne peut juste pas faire autre chose.

Je suis entrepreneur depuis 7 ans en Inde, j’ai eu des hauts et des bas, des moments de doutes  comme des bonheurs extrêmes, et dans la réussite comme dans l’échec je me suis toujours dit que rien d’autre au monde n’était comparable à cette sensation de se savoir bel et bien en vie. Je suis fier d’une chose : je ne regarderais pas en arrière à l’âge de 75 ans en me disant « j’aurais pu » ou « j’aurais du ». Parce que ça se passe là, tout de suite, maintenant, et parce que je tiens les commandes.

Alors, qui veut rejoindre le club ?

 Kevin Muller

Directeur de E-nova Technologies, et heureux entrepreneur depuis 2004.

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5 Résponses to “Hymne aux entrepreneurs”

  1. Emile from Bananana says:

    I like ! (Personne ne dit rien…)

  2. Didier from Annuaire e-commerce says:

    Je signe des deux mains, bravo pour cet article pertinent.

  3. Jean from Photographe annecy says:

    C’est un vrai hymne aux entrepreneurs comme il en manque trop peu en France, bravo pour votre initiative.

  4. Laurent from encre cartouche says:

    En France, on ne parle pas d’argent, c’est connu. Et on méprise les entrepreneurs. Je me souviens d’une discussion sur un forum de mélomanes, il y a plusieurs années, durant laquelle un des participants a fini par livrer le fond de sa pensée : les entrepreneurs ne seraient que des monstres sanguinaires, assoiffés d’argent et de larmes. Merci donc pour votre billet !

  5. Jim from jeux gratuit says:

    Les entrepreneurs font penser à une bande de pirates!!
    J’aime bien . Bravo pour l’article !

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